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la vache folle

 

 

 News et opinions : Vache Folle

Quand pourra-t-on, enfin, tirer les leçons de l’affaire de la vache folle ? Tout va si vite en matière d’actualité et de santé publique que l’on a l’étrange impression, en évoquant à nouveau cette question, de parler d’une affaire d’un autre temps, d’une question d’un autre âge.

Le temps de l’épidémie n’est pas celui de la justice. On l’avait vu en France avec le sida et ce qu’il fut convenu d’appeler l’affaire du sang contaminé. On va bientôt, toujours en France, le voir avec l’affaire de la vache folle. C’est ainsi que l’on vient d’apprendre que la «Cour de justice de la République» (CJR) allait enquêter sur la part de responsabilité de quatre anciens ministres français de l’Agriculture dans la contamination de victimes de la forme humaine de l’encéphalopathie spongiforme bovine. Cette enquête sera menée en parallèle d’une instruction judiciaire déjà en cours sur le même thème.

Nous ne connaissions rien ou presque de la chaîne Buffalo Grill si ce n’est la vision bien peu réconfortante de ces tristes enclos toujours situés à proximité des axes autoroutiers ; de grandes cabanes de béton ornées de pauvres colifichets singeant la conquête de l’ouest et mêlant dans la plus grande confusion la destruction programmée du peuple indien et celle des bisons, le solide grand air des grandes plaines et la joie de manger de la viande grillée sous la lune avant le grand duel dans la rue principale du village. Buffalo Grill entre Courtepaille, Mac Donald et Pizza Hut, ces enseignes qui polluent depuis près d’un quart de siècle le paysage français et qui signent mieux que tout l’évolution des comportements alimentaires de nos contemporains et la puissance d’attirance – notamment des jeunes – de ces géants d’une restauration que l’on dit rapide alors que fugace serait sans aucun doute un plus juste qualificatif. Et tout cela dans le beau pays de France, si fier de sa table, de son histoire culinaire, de sa lutte contre la «malbouffe» et les Etats-Unis réunis.

Depuis Londres : Des instruments de chirurgie, mis en contact avec l’agent pathogène du variant de la maladie de Creutzfeldt-Jakob ont été ultérieurement utilisés pour des interventions sur 29 malades, vient d’annoncer le gouvernement britannique. Ces instruments, qui auraient dû être mis de côté en sécurité, ont été employés dans des actes chirurgicaux au Middlesbrough General Hospital, dans le nord-est de l’Angleterre.

Ainsi donc, c’est fait : les viandes bovines britanniques vont pouvoir être proposées aux consommateurs français. Les gazettes en plaisantent. Préférez-vous : «Ze steack is back» ou «Le rosbif retraverse la Manche» ? Etranges moments où l’on tente de rire d’un sujet qui affolait les foules il n’y a pas deux hivers. D’autres, sociologues ou anthropologues, nous diront, bien plus tard, comment comprendre ce que nous vivons.

Et toujours, lancinant, ce sentiment de bombe à retardement. Au rayon des Research letters, The Lancet du 28 septembre 2002 publie un article signé Vincenzo La Bella, Federico Piccolli (Institut de neuropsychiatrie, Université de Palerme), John Collinge (Hôpital national pour la neurologie et la neurochirurgie, Londres) et Maurizio Pocchiari (laboratoire de virologie, Institut supérieur de la santé, Rome).

Il y a trois ans – comme le temps passe ! – le gouvernement français décidait de ne pas suivre la disposition européenne concernant la levée de l’embargo sur les viandes bovines britanniques. Au nom du principe de précaution et sur la foi des conclusions de ses experts, Paris narguait ainsi, depuis septembre 1999, les belles âmes fonctionnarisées de la construction européenne et de la libre circulation des marchandises sur le sol du Vieux Continent.

Avouons-le sans fard. Tenir la chronique hebdomadaire de la vache folle n’est pas toujours affaire aisée. Une actualité fadasse ; des problématiques salement récurrentes ; plusieurs questions scientifiques de la plus haute importance toujours – et sans doute pour longtemps – insondables ; une hésitation grandissante quant aux scénarios des décennies à venir.

Le temps passe-t-il ? L’été 2002 s’installe dans la canicule ; la torpeur gagne ; les mêmes questions taraudent. Nous rentrons de Toulon où vient de se tenir le symposium international consacré au VIH et aux maladies émergentes, organisé par le Dr Alain Lafeuillade.

La Pologne, ce cher et vieux pays qui veut entrer dans l’Union européenne et qui souhaite qu’une référence à Dieu soit faite dans le futur traité constitutionnel de l’Union, vient d’entrer dans le club de moins en moins fermé des pays comptant des cas de vache folle.


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